La mer n’est plus le domaine des grands navires de guerre et d’ennemis prévisibles. Aujourd’hui, la menace vient tout autant de petits drones rapides, d’embarcations sans équipage ou de missiles qui rasent la surface de l’eau. Pour les marines du monde entier, cela pose un dilemme croissant : comment se défendre efficacement contre des dangers aussi variés sans utiliser à chaque fois un missile hors de prix ?
C’est pourquoi Naval Group travaille avec Thales et KNDS sur un concept révolutionnaire : le Multi-Purpose and Modular Launching System (MPLS). Ce nouveau système de lancement modulaire peut tirer différents types de munitions – des roquettes légères aux intercepteurs lourds – et permet aux marines de choisir les armes à engager selon la menace. Résultat : plus de flexibilité, des coûts réduits et un navire bien mieux préparé.
Un système qui s’adapte à la menace
Jusqu’à présent, les marines dépendaient du principe « un lanceur par arme ». Chaque type de missile ou système de défense nécessitait une installation distincte, comme le RIM-116 américain par exemple – coûteux, lourd et encombrant. Le MPLS rompt radicalement avec cette idée.
Le système utilise des blocs de munitions interchangeables, facilement adaptables à la mission. Qu’il s’agisse des roquettes de 70 mm de Thales, des Lightweight Multi-role Missiles (LMM), de munitions innovantes de KNDS ou, à l’avenir, même des missiles Mistral et Akeron de MBDA – un seul lanceur peut tous les tirer.
Les navires gagnent ainsi une polyvalence inédite. Une frégate peut par exemple être équipée d’un mélange de roquettes légères contre de petites cibles rapides et d’intercepteurs plus lourds contre les menaces aériennes. Le commandant détermine la configuration selon la situation tactique du moment, sans qu’une refonte complète du navire soit nécessaire.
Plus intelligent et moins cher
La modularité du MPLS offre non seulement une liberté opérationnelle, mais aussi d’importants avantages financiers. Au lieu de toujours utiliser le missile le plus cher – par exemple pour abattre un drone bon marché –, l’équipage peut désormais choisir la bonne arme pour la bonne menace. Cela réduit les coûts de munitions et préserve les coûteux intercepteurs, qui peuvent être réservés aux combats plus intenses.
Le système simplifie en outre la maintenance et la formation. Comme les navires utilisent la même plateforme de lancement, les équipages n’ont plus à être formés sur différents systèmes. La logistique devient aussi plus lisible : moins de types de munitions, moins de problèmes de stocks et une disponibilité plus rapide.
Un bond technologique
Le MPLS se compose d’une tourelle pouvant pivoter et s’incliner sur deux axes, équipée de calculateurs de tir intégrés et d’un système de conduite de tir avancé. Il peut ainsi non seulement attaquer des cibles fixes, mais aussi suivre et neutraliser avec précision des cibles mobiles ou manœuvrantes.
Le système peut fonctionner de manière autonome, par exemple face à des attaques rapides, ou être relié au système de combat central du navire. Il est donc également adapté à la future guerre en réseau, dans laquelle capteurs et armes partagent leurs données.
Avec une capacité d’emport d’environ 1 000 kilos par unité de lancement, il est en outre possible d’embarquer plusieurs types de munitions simultanément. Les navires peuvent installer une ou plusieurs tourelles, chacune avec sa propre combinaison d’armes.
La coopération comme clé
Ce qui rend le MPLS encore plus particulier, ce n’est pas seulement sa technologie, mais aussi la façon dont il est développé. Naval Group, Thales et KNDS unissent leurs forces dans un nouveau modèle de coopération où chaque entreprise apporte son expertise : Naval Group comme spécialiste de l’intégration navale et des systèmes de combat, Thales avec ses missiles et capteurs, et KNDS avec des solutions de munitions innovantes.
Les discussions avec MBDA sur l’intégration des systèmes Mistral et Akeron montrent que ce projet se veut une plateforme ouverte – flexible et tournée vers l’avenir.
L’avenir de la défense maritime
La force du MPLS réside dans sa simplicité : un seul système flexible au lieu d’un ensemble d’installations coûteuses et spécialisées. À une époque où les menaces évoluent toujours plus vite et où les marines sont engagées dans des missions variées – de la surveillance côtière aux conflits de grande ampleur –, la modularité est la clé de la survie comme de la maîtrise des coûts.
Le nouveau système de lancement de Naval Group montre que l’innovation ne consiste pas toujours à faire plus grand ou plus puissant, mais plus intelligent et plus adaptable. L’avenir de la défense maritime est modulaire – et avec le MPLS, cet avenir semble nettement plus proche.
























